• C’est donc décidé, vous allez écrire un roman. Nous supposons (peut-être à tort) que cette décision résulte d’une réflexion poussée et longuement mûrie découlant elle-même d’une évolution dans votre pratique de la création littéraire qui vous semble naturelle et tout à fait légitime. Concrètement, vous avez déjà écrit un certain nombre de nouvelles de longueurs variables qui ont fait le ravissement plus ou moins sincère de votre entourage.

     Vous n’êtes donc plus tout à fait un débutant.

     Mais vous n’êtes pas sans ignorer qu’en France, la nouvelle publiée est en majeure partie réservée aux écrivains confirmés (à l’exception- qui confirme donc la règle - d’Anna Gavalda qui a débuté avec ça). La nouvelle n’intéresse personne, c’est sans doute injuste, mais c’est comme ça. La nouvelle, ça fait pas très sérieux, dans la mesure où quiconque possédant un minimum de maîtrise de la langue peut en écrire une, voire plusieurs, en un week-end. Ce constat en appelle un autre : jamais la nouvelle ne fera de vous un écrivain au yeux du monde. Car aujourd’hui, en France, tout le monde écrit, tout le monde est écrivain. Pour se démarquer un tant soit peu, il est donc nécessaire de passer à quelque chose de plus sérieux : le roman.C’est sans une des raisons qui vous a poussé à vous lancer dans cette magnifique aventure. Autant le dire tout de suite : si c’est la seule, ce ne sera pas suffisant. Car si pour la nouvelle, un simple « alibi » suffit pour pondre 3,4 feuillets, il n’en va pas de même avec le roman. Pour tenir la distance des 150 pages (strict minimum) il faut tout de même avoir des choses à dire, et autant que faire ce peut, les dire bien. Aussi est-il fortement conseillé de se méfier de l’inspiration qui dans l’imaginaire commun, suffirait à elle seule à fournir la matière première de toute bonne histoire.

     Pourquoi est-ce insuffisant ? Tout simplement parce que l’inspiration, ça ne veut rien dire, et l’image d’Épinal qui nous montre l’écrivain noircissant au milieu de la nuit des pages et des pages sans discontinuer n’existe pas dans la réalité. Oubliez donc l’inspiration et munissez vous de solides « biscuits » (histoire détaillés, plan, définition des personnages) qui vous permettrons de mener à bien votre tâche. Munissez-vous également de patience et d’acharnement, sans quoi votre beau projet risque de capoter au premier chapitre (il sera toutefois possible de le recycler en nouvelle).

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  • Pour avoir une idée, il est totalement improductif de s’asseoir en attendant qu’elle daigne apparaître. Ca ne marche jamais, et c’est très énervant. Les idées sont rebelles, on ne les commande pas.
    Aussi arrivent-elles toujours au moment le moins opportun. Il faut le savoir et se préparer à cette fatalité. Deux exemples très répandus : vous êtes sur le point de vous endormir, vos pensées s’entremêlent dans une douce confusion propice à l’émergence de la création : une idée survient, inattendue et volatile. Si vous avez pris soin de déposer un calepin sur votre table de chevet, cette idée est à vous. Dans la cas contraire, vous pouvez lui dire adieu : plus jamais elle ne vous fera l’honneur de sa visite. Il en va de même dans les transports en commun ou tout autre endroit totalement inadapté à la prise de note. Pourquoi les idées ressemblent-elles dans leur comportement à des enfants capricieux ? Nous n’en n’avons pas la moindre idée, et ce n’est d’ailleurs pas le sujet de ce petit opuscule. Mais nous savons une chose : le moment venu, mieux vaut avoir dans sa poche intérieure le fameux petit calepin accompagné de son petit stylo. Les idées qui émergent ainsi peuvent être de plusieurs sortes : idées d’histoire, de rebondissement, de dialogue, de personnage. Inutile de faire le tri, il faut tout noter, cela peut servir un jour sans qu’on le sache encore. Tout au plus est-il conseillé d’installer une signalétique simple afin que l’on puisse se retrouver dans cet amalgame sans queue ni tête (Un « P » pour personnage, un « D » pour dialogue, etc.)
    Ce faisant, au fil du temps, vous avez rassemblé une grande quantité d’idées qui une fois triées, classifiées et ordonnancées, fournissent un semblant de piste pour une éventuelle histoire.
    C’est-à-dire la rencontre mouvementée entre un / des personnages et des événements. Une histoire, c’est avant tout ce que l’on fuit dans la vie réelle, des ennuis, des complications, des problèmes, des trahisons, des mésententes, des dangers de toutes sortes. Et pour que toutes ces tracasseries donnent le meilleur d’elles-mêmes, il faut les confronter à un personnage qui les mette pleinement en valeurs. Prenons un exemple. Un boxeur qui s’apprête à monter sur le ring pour combattre un adversaire particulièrement redoutable, quoi de plus normal et par la même de plus désespérément banal ? Remplaçons à présent le boxeur par un expert comptable. La situation prend aussitôt un autre intérêt.
    Vous nous direz que cette situation est absurde et de ce fait irrésoluble Nous nous empresserons de vous répondre : non. Dans la fiction, rien, absolument rien n’est irrésoluble. C’est une loi infaillible. Pour la simple raison que, au contraire de la vie réelle, c’est vous qui décidez de tout. Bien sûr, les solutions trouvées pour résoudre l’irrésoluble sont plus ou moins élégantes. C’est, entre autre, dans cette épreuve que l’on reconnaîtra le bon écrivain: savoir faire et élégance avant tout.

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  •  a) Les logiciels d’écriture.

    L’écrivain en devenir, toujours un peu feignant sur les bords (sinon il serait déjà devenu) s’imagine que l’utilisation d’un logiciel d’écriture va lui permettre de rédiger son roman en toute tranquillité, grâce à un travail qu’il suppose pré mâché. C’est à l’évidence une douce illusion. Car qu’est-ce qu’un logiciel d’écriture, en définitive ? Un traitement de texte élaboré qui permet soi disant d’organiser son travail grâce à des modules dédiés (chapitre, structure, personnages, etc.) Très bien, sauf que tout cela, on peut le faire avec la même efficacité sur un simple traitement de texte. Si l’on prend pour exemple la structure, il suffit d’avoir un document de ce nom, de l’ouvrir en arrière plan et de s’y référer lorsque l’on en a besoin.
    Donc premier constat : ce type de logiciel n’apporte rien d’intéressant du point de vue organisation. Mais si l’on pousse un peu plus loin l’étude on s’aperçoit que non seulement il n’apporte rien, mais qu’il complique tout à fait inutilement le travail. Nous passerons bien sûr sur le fait qu’il faille apprendre à se servir du logiciel - et selon les personnes, cela peut représenter un temps perdu non négligeable – pour insister sur la complexité tout à fait hors de propos des « aides proposées », qui s’avèrent plus des entraves à la création qu’autre chose. Prenons le module « Personnages ». Le logiciel va s’ingénier à vous posez quantité de questions plus superfétatoires les unes que les autres sur le caractère et la couleurs des yeux de Robert et de Julie, et qui pour leur très grande majorités ne vous serviront à rien, si ce n’est à vous embrouiller. Quant aux modules d’aides à la création, ils ne font que reprendre les théories habituelles que l’on peut trouver à peu près n’importe où.
    En conclusion, l’argument de vente des ces logiciels reposent sur la croyance irraisonnée des auteurs en devenir dans les pouvoirs sans limite de l’informatique. En l’occurrence, il faut se rendre à la raison, en dehors de l’utilisation d’un simple traitement de texte, l’informatique ne peut rien pour vous.

    b) Les ateliers d’écriture
    Les ateliers d’écritures s’adressent principalement aux gens qui n’ont pas l’habitude d’écrire. A l’aide de petits exercices, ils vont pouvoir mettre en oeuvre leur potentiel créatif (qui existe, à plus ou moins forte dose, chez chacun d’entre nous). Le résultat prendra la forme de textes courts dont l’émergence a été favorisée par une contrainte simple. Par exemple, écrire des phrases en commençant par « Je me souviens… ». (Exercice inspiré du « Je me souviens » de Georges Perec). Dans cet optique, les ateliers d’écritures sont des entreprises louables. Mais la tentation est grande d’attirer un plus grand nombre d’inscrits, dont les objectifs sont plus ambitieux : les auteurs en devenir. Mais comme l’a remarqué François Bon, on reconnaît le véritable écrivain à son inaptitude à se plier aux contraintes imposées par les ateliers d’écritures. Un véritable écrivain possède une voix, un univers, totalement incompatible avec ce genre de jeux. Cela ne signifie pas qu’il sera forcément improductif, mais le résultat lui semblera piteux, sans intérêt et sa présence lui apparaîtra très vite comme totalement incongrue.
    Cela n’empêche pas la plupart des ateliers d’écritures de proposer des modules spécifiques à la création d’un roman. Or, à de rares exceptions, les animateurs de ces ateliers n’ont jamais écrit de romans ou pour le moins n’ont jamais été publié. On peut dès lors douter du bien fondé de leurs conseils. Tout cela sent par trop l’amateurisme pour être tout à fait honnête.
    Dernier point, mais pas le moindre : dans un atelier d’écriture, jamais on ne vous dira que votre production est exécrable. A cela deux raisons, une bonne et une mauvaise. La bonne : la plupart des gens qui participent à ce type d’ateliers ont besoin de prendre confiance en eux, et il serait tout à fait déplacé de les confronter par trop brutalement à leur propre médiocrité littéraire. N’oublions pas qu’une des vocations des ateliers d’écritures et de fabriquer des gens heureux d’eux-mêmes, quitte à leur brosser l’égo dans le sens du poil. On est pas là pour apprendre, on est là pour s’exprimer et à bien des égards, l’atelier d’écriture présente d’incontestables similitudes avec la thérapie de groupe.
    La mauvaise, à présent : les ateliers d’écriture sont dans leur majorité payants, et les sommes demandées sont loin d’être symboliques. Dès lors, l’objectif est de satisfaire le client afin qu’il revienne. Ainsi, dès la signature du chèque d’adhésion, le jeu est faussé.

    c) Internet
    Vous avez tout intérêt à vous servir de l’Internet, et ce dans plusieurs buts :

    -         Recherche d’idée : Le web est devenu le plus gros réservoir d’histoires disponibles au monde. Peu importe qu’elles soient vraies ou fausses, faits divers ou « légendes urbaines » : elles constituent quoiqu’il arrive une source d’inspiration prodigieuse. Ce serait vraiment dommage de vous en priver.

    -         Recherche d’informations : Vous avez choisi de situer votre histoire au moyen âge, mais même si l’époque vous fascine (sinon quel intérêt ?) vous avez quelques lacunes qui risquent de vous jouer des mauvais tours niveau crédibilité (Est-ce que le bracelet montre existait sous Henri IV ? Si vous avez des doutes sur la réponse, le Web vous sera précieux).

    -         Vous situer face à la concurrence. Comme indiqué plus haut, Internet pullule de sites et de forums consacrés à la littérature. La plupart d’entre eux sont phagocytés par des écrivains en devenir qui rêvent de se voir publiés. Les plus téméraires ont déjà inondés les maisons d’éditions de leurs manuscrits et en toute logique statistiquese sont vu opposer une fin de non recevoir (la fameuse « lettre type de refus »). Le plus souvent, ils ne comprennent pas pourquoi et s’en trouvent un peu aigris. Il crée alors un site, ou un blog, sur lequel ils vont pouvoir exposer à la terre entière l’étendue de leur génie littéraire sous forme d’extraits de romans ou de nouvelles (toujours déposés à la SACD, comme si cela avait la moindre utilité) et accessoirement déverser leur bile à longueur de forum sur les maisons d’éditions « qui ne prennent plus de risques » (en réalité et de tout temps, elle n’en n’ont jamais pris), « qui préfèrent éditer des valeurs sûres » (il faut bien gagner sa vie), etc, etc.
    Même si la lecture de ces diatribes peut présenter un intérêt comique indéniable, votre priorité est ailleurs. Lisez avant tout les extraits de romans. Si vous trouvez ça pas mal du tout, pire : si vous aimeriez bien écrire comme ça, alors votre cas est désespéré. Au contraire, si l’histoire ne présente à vos yeux aucun attrait, si les personnages vous semblent fait de cartons, si la lourdeur des phrases vous accable, alors vous êtes sur la bonne voie, vous venez de découvrir ce qu’il ne faut pas faire. Mais attention, la conscience de cette médiocrité ne suffit pas. Car qui nous dit qu’une fois la plume en main, vous serez en mesure de faire mieux ?

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  • La France est une vieille nation de littérature qui s’est forgée au cours des siècles une image mythique de la création littéraire reposant avant tout sur le don, l’inspiration. En conséquence, tout ce qui touche à la technique paraît un peu suspect : elle ne servirait à rien, si ce n’est à étouffer l’élan créateur du romancier en lui imposant des cadres strictes de narration. Résultat, bon nombre d’apprentis écrivains se poste devant leur page blanche et se lance dans une écriture quasi automatique sans autre forme de préparation. La simple vue des pages qui se noircissent et s’amoncellent suffit à leur bonheur ; la preuve est là : il ont le don, ils sont écrivains. A la lecture, on s’en doute, le résultat est loin d’être aussi enthousiasmant.
    Autre particularité française, cette tendance à tout miser sur le style. Combien de fois n’a-t-on pas entendu cette sentence sans appel qui suffit à elle seule à vouer un roman au gémonies : « Ca n’a aucun style ». Pourtant on porte le style aux nues sans savoir précisément ce qui se cache derrière un concept en définitif assez flou.
    Pour tenter une approche simple et claire du problème, faisons appel à deux figures de la littérature française, aussi imposantes que diamétralement opposées : Proust et Céline. Prenez au hasard une page de « la recherche », puis de « Rigodon » : l’évidence saute aux yeux : chacun possède un style qui lui est propre et il faudrait être aveugle pour les confondre. A l’un les longues phrases sinueuses qui suivent les méandres de la pensée, à l’autre les phrases sèches et courtes ponctuées des fameux « trois petits points ». Très bien. Mais entre les extrêmes que représentent ces deux monuments, qu’en est-il ? Car comme le disait Céline : « un style, il y en a un par siècle, tout au plus ». Comment font les autres pour définir leur musique propre ? Eh bien en réalité, c’est très difficile et mieux vaut ne pas chercher à jouer les novateurs dans ce domaine. Rester humble, avant tout.
    Pour se consoler, vous pourrez toujours vous dire que, quoiqu’on en pense, l’absence de style est un style en soi.
    Prenons le cas de Michel Houellebecq pour poursuivre notre raisonnement.
    Parmi les nombreux arguments utilisés par ses détracteurs (critiques littéraires pour la plupart), revient souvent celui du style, ou plutôt du manque de style qui handicaperait ses romans. Mais à quel style mythique font-ils référence pour asseoir leur accusation ? Impossible à savoir, simplement parce qu’ils présupposent que tout le monde sait ce qu’est le style (ou le bon style, car l’adjectif bon est sous entendu. Le mauvais style étant « pas de style du tout »).
    En étudiant un peu la production française de ces dernières années (et bien au-delà) il est possible de dresser un portrait robot de ce fameux style qu’il serait de bon ton de maîtriser afin d’écrire des choses dignes d’être lues.
    Pour être précis il se subdivise en deux catégories qui peuvent parfois se mêler avec plus ou moins de bonheur :
    Le style dit « officiel » et le style dit « expérimental ».

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