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    C’est en 1981 que Véronique et Davina ont fait leur apparition à la télé, sur Antenne 2. L’émission qui s’appelait “Gym Tonic” est un parfait condensé de ce que cette décennie a pu produire de pire : joie de vivre factice, culte irraisonné du corps (combien d’individus sont morts d’une crise cardiaque à cause d’elles ?), justaucorps fluo, tour de tête en tissu spongieux destiné à absorber la sueur du front, le tout baignant dans un insupportable bouillon musical censé accompagner les mouvements frénétiques des deux dindes.

    De tout temps le dimanche a été perçu comme un jour à part, une sorte de tampon coincé entre le samedi réputé pour ses excès en tout genre (sorties entre amis, soirées pizza, boîte de nuit, courses au supermarché, etc.) et l’interminable tunnel de la semaine durant la traversée duquel tout un chacun est sommé de s'abrutir au travail. Le dimanche est un jour triste, qui ne sert finalement qu’à récupérer des folies de la veille afin de retrouver une tête présentable pour le lendemain. Dans les années 80, le marasme était à son comble puisque tous les magasins, à quelques rares exceptions, restaient obstinément fermés. Impossible dès lors de tromper son spleen en arpentant les galeries d’un centre commercial ou les travées d’un marchand de meubles rustiques à la recherche d’un nouveau canapé qu’on aurait de toute façon pas les moyens de se payer. Restait donc la télévision, et dès le matin à 10 heures, “Gym tonic”.

    Je n’ai jamais regardé l’émission, je suis juste passé devant de nombreuse fois, car ma mère avait la manie d’allumer la télé très tôt, pour créer un fond sonore. Pour être honnête, il m’est arrivé de stagner quelques minutes devant l’écran, au moment du générique qui représentait sans erreur possible le moment le plus intéressant du programme. On y voyait les deux volatiles prendre leur douche en gloussant, nues comme des vers. A cette époque, vu la rareté de la documentation, on sautait sur la moindre occasion d’en savoir un peu plus sur l’anatomie féminine. Là, passé le moment de surprise, il faut bien avouer que c’était carrément décevant, vu que les spécimens n’avaient pas grand-chose à exhiber au niveau de la poitrine, et que pour le reste, les cameramen avaient sans doute eu pour consigne de ne pas y aventurer leur objectif. C’était une autre époque, où le stock infini d’images porno prodigué par Internet n’était pas encore à disposition ; une époque où, pour s’instruire un peu, on faisait avec les moyens du bord, le système D. Je me souviens que circulait entre amateurs une liste non formelle des films où figuraient des scènes de nus, voire de cul, qui passait parfois à la télé, tard le soir. Quand ça arrivait, l’information circulait très vite, l’excitation pareil. Il y en a qui m’a particulièrement marqué, “Le mouton enragé” avec Trintignant et Birkin. Je ne l’ai jamais vu, mais je me souviens très bien des comptes rendus le lendemain dans la cour de récréation. On était regroupé en rond, à quatre ou 5 autour du gars qui avait eu la chance de le voir (en général un cancre affublé de parents laxistes et démissionnaires) et qui nous décrivait les scènes avec tous les détails : “Et là, la gonzesse, elle commence à enlever son chemisier, et puis après son pantalon, et puis sa culotte...

    - Et on voyait tout ?

    - Tout, je te dis !

    On était bien obligé de lui faire confiance.

    Tout ça pour dire que Véronique et Davina ne m’avaient rien appris que je ne sache déjà : les femmes avaient des seins, et l’excitation ressenti à leur vision dépendait proportionnellement de leur taille. Pour résumer, quand il n’y en avait pas beaucoup, c’était vraiment pas terrible. Pas de chance pour les amateurs de volume, les années 80 ont imposé massivement le règne sans partage de la planche à repasser. Le plus étonnant, c’est que la plupart des copains les trouvaient drôlement bandantes, toutes les deux, et pour se sentir tout chose, ils n’avaient même pas besoin d’attendre le générique de la douche.

    - Ah moi quand je les vois tout en sueurs étendues sur le dos qui tricotent avec leurs jambes, je te raconte pas l’effet que ça me fait !

    - Ouais ! Et quand elles se baissent pour toucher le bout de leurs pieds avec les doigts ?

    - Ah ouais ! Arrête !

    Les années 80 ont ainsi donné naissance à toute une génération de pervers dégénérés friands de corps filiformes et musclés en body fluo.

    gymtonic.jpg

    Elles chantaient également très bien.

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