• Une maison d'édition hors normes

    Quand l'auteur en devenir se met à rêvasser sur une maison d'édition qui accepterait de publier ses délires graphomanes, il visualise aussitôt un immeuble cossu situé en plein coeur de Paris au coeur duquel s'étale des centaines de mètres carrés de bureau recouvert d'une moquette si épaisse qu'il est matériellement impossible de s'y mouvoir sans être chaussé de raquette. Dès l'entrée, une hôtesse d'accueil qui ferait passer Monicca Bellucci pour une caissière de chez Chopi vous demande de patienter un instant. Vous vous installez dans un confortable fauteuil dont le cuir lustré par les années a déjà recueilli les particules de poussières accrochées aux vestons des plus grands noms de la littérature française... Et vous êtes réveillé en sursaut par la voix de votre moitié qui vous annonce, un brin hystérique" que "Plus belle la vie" va bientôt commencer.
    Alors, bien sûr, la plupart des maisons d'édition répondent point pour point à cet j-p-brisset1.gif te description, chacun le sait pertinemment. Pour autant, certaines se refusent farouchement à sombrer dans une telle facilité, et réussissent avec un brio consommé à se démarquer du tout venant symbolisé par Gallimard le Seuil et consorts. J'entends d'ici votre petit rire narquois fortement teinté d'incrédulité (mais le contraire fonctionne aussi) : "Oh l'autre, eh ! N'importe quoi celui-là ! Ca existe même pas d'abord !"
    Cessez donc de ricaner (dommage que l'on soit sur Internet, car il y a des fessées qui se perdent), et lisez plutôt :
    Les éditions Tranches de l'Art ont été fondées en 2005 par quelques comparses épris de Belles Lettres, "garçons bouchés, ouverts cependant à toutes sollicitations" comme ils aiment eux-mêmes à se définir. Sise dans un petit village de la Creuse, cette "entreprise d'intoxications élémentaires" a pris pour politique éditoriale la phrase de Jean Dubuffet : "Il n'y a de vigoureuse sécrétion mentale qu'à partir de s'alimenter aux crudités de la vie personnelle journalière. On fera bien de ne s'approcher qu'en rare occasion, en toute conscience du risque et prêt à s'en défendre des aliments déjà par d'autres digérés". (Asphyxiantes cultures). Trois collections appliquent scrupuleusement cette ligne de conduite claire et sans détour. S'offrent ainsi à notre insatiable curiosité "Pavillon de complaisance", "Brouillon de culture" et "Fonds de terroir & Pathé de campagne". Ne soyez surtout pas rebuté par l'austérité des intitulés : leur exploration réserve des trésors de virtuosités érudites.
    Dernier détail, mais il a son importance : la production littéraire se limite toutefois à des publications de facture minimaliste, ne dépassant pas une douzaine de pages, pour la modique somme de 2 euros, et dont les tirages n'excèdent généralement pas les cinquante exemplaires.
    Hors normes, on vous dit.

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 30 Septembre 2007 à 15:12
    Shin Haiah
    Re-bonjour, Je ne comprends pas dans votre texte : "un brun hystérique" ? :) Ne serait-ce pas brin ?
    2
    Dimanche 30 Septembre 2007 à 15:12
    Justin Hurle
    J'ai commandé un ouvrage volumineux provenant des Editions Tranches de l'Art dans l'espoir d'activer - que dis-je !... - de faire frétiller mon seul neurone bulbique. On verra bien... Soyez-en sûr mon cher professeur, je vous tiendrai au courant de mon excitation...
    3
    Lundi 1er Octobre 2007 à 12:15
    Franswa P.
    Et il est toujours salutaire de relayer les infos comme celle-ci. Histoire de casser un peu le mythe, et de sortir ainsi d'une sclérose bourrée de poncifs.
    4
    Mardi 2 Octobre 2007 à 08:32
    Olivier Goujon
    Une maison gorgée de charme et d'humour décalé ! Un ovni dans le paf littéraire ! Belle et étonnante découverte cher Aloysius !
    5
    Vendredi 5 Octobre 2007 à 04:53
    PETITE MOMIE
    Rire! j'ai bien ri en lisant le passage concernant la moquette et les raquettes. Ainsi que pour Monica la caissière.
    6
    Mardi 9 Octobre 2007 à 10:42
    plume-au-vent
    cher Aloysius votre humour décapant me régénère ! je lis trop de journaux d'art où tout ne parle que de descente vertigineuse de notre image de marque , nous français , on y glorifie tout ce qui n'est pas grand chose, on pourrait même dire comme dans le temps pas si éloigné : çà c'est du travail de femme, pas de l'art! et horreur ce sont des hommes qui ont commis ces choses! allons rigoler est ce qui nous reste quand on ne peut pas s'imposer !!! merci de m'en donner l'occasion!
    7
    Mercredi 7 Novembre 2007 à 18:11
    Daniel Fattore
    Je suis tombé sur des trucs connexes à Guéret. Ca s'appelait le C. A. C. A. M. O. U., et je n'invente rien (recueil de poésie en vente dans une librairie proche de l'hôtel de ville, en contrebas, quand on va vers le restaurant "Le Coq en pâte").
    8
    Samedi 29 Décembre 2007 à 09:57
    Justin Hurle
    Mon cher maître, Comme convenu, de vos Tranches de l'art, je viens d'en prendre une part sur... http://justinhurle.over-blog.com. NA !
    9
    Beaujean
    Jeudi 17 Novembre 2011 à 16:10
    Beaujean
    J'adore les effets spéciaux de ce post. Vous ne nous aviez pas habitués à une telle débauche d'images.
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