Dans la série « Ecrire de la littérature de qualité en s’inspirant des grands textes fondateurs de la variété française», nous allons aujourd’hui tout particulièrement nous pencher sur le délicat problème de la concision. En effet, quel écrivain en devenir n’a pas rêvé de produire un jour, en lieu et place de sa logorrhée habituelle, des phrases simples, carrées, dépourvues de fioritures et qui vont directement au but ? Qui n’a pas un instant caressé le doux rêve de devenir le Ernest Hemingway breton, le Raymond Carver picard ou le James Cain ariégeois (en fonction de son lieu d’habitation) ? Oui, mais comment procéder ? Ca n'a pas l'air facile, on dirait. Heureusement, Jean -François Maurice est là.
En guise de démonstration, et dans un premier temps, nous vous présentons ci-dessous une histoire toute simple, telle qu'elle serait probablement racontée par un auteur en devenir plus ou moins débutant.
Quand je coupe le moteur , le thermo de la Laguna affiche ses 55° au compteur. Ca doit faire à l'aise du 28 degrés à l'ombre, ça. Une heure ! Une heure qu'on a tourné comme des mouches dans cette putain de principauté monégasque rien que pour trouver une place. Un caprice d'Agnès, encore. "Allez, on va à Monaco, parait que c'est trop beau, le rocher, les immeubles, la plage !" En descendant vers la mer, nos tongs fondent à moitié sur le bitume tellement le soleil cogne sans distinction. C'est trop ! Sur la plage, on voit même pas le sable tellement il y a de serviettes avec des corps luisants de toutes les formes couchés dessus, des parasols bigarrés qui font au loin comme des boutons sur une peau pas saine. Je regarde Agnès avec mon air de coker. "Allez c'est pas grave, on est seuls au monde puisqu'on s'aime, tous les deux !". Je m'accroche à cette idée de toutes mes forces en marchant comme un funambule entre les serviettes, au milieu des râleries de ceux qui étaient là avant... Plus de place ! C'est complet ! Comme le métro aux bonnes heures, quoi. On finit par trouver un lopin de sable ridicule où on s'échoue, pauvres naufragés à bout de force. Je m'étale sur ma serviette chichement déployée et ma tête va se coller aux pieds d'un gros allemand écrevisse juste derrière moi. Je jette un oeil à Agnès, elle ferme un peu les yeux, le soleil est si haut. Elle est drôlement appétissante avec son petit maillot de bain acheté en solde chez Etam. J'oublie toutes les paires d'yeux qui doivent nous mater à ce moment précis et je caresse ses jambes... On dirait que mes mains brûlent sa peau, ça fait bizarre... Je dis : "Agnès, Agnès..." mais elle me coupe en posant son index sur ma bouche puis elle me sort "Ne dis rien, embrasse-moi quand tu voudras, je suis bien, l'amour est à côté de toi". Je sais pas trop ce qu'elle veut dire par là, mais elle a raison sur un point : on est bien. Si seulement le teuton juste derrière pouvait arrêter de prendre mon crâne pour un paillasson, ça serait parfait. Tranquille, je m'allume un clope et souffle la fumée vers l'azur. Ca râle tout autour : empoisonneur, pollueur, y'a des enfants ici ! Ils commencent à me gonfler tous autant qu'ils sont ! J'écrase mon mégot dans le sable bouillant et sans transition j'embrasse Agnès à pleine bouche. "C'est dingue, je lui dis, tes lèvres ont le goût d'un fruit sauvage, parole !" - Et toi t'embrasses comme un cendrier froid ! J'apprécie pas trop la comparaison, vengeance ! Et je lui grimpe dessus, en tout bien tout honneur, juste histoire de taquiner un peu. - Oh oh ! On dirait que l'amour est au-dessus de moi ! Je comprends enfin cette histoire d'amour à côté puis maintenant au dessus ! Tout ça m'excite drôlement, faut bien avouer ! J'accentue le frotti-frotta, je fourre mon nez dans ses cheveux blonds qui font comme une vague qui m'emporte déjà. Le mercure continue de grimper et on commence à vraiment bien s'amuser quand une main s'abat sur mon épaule. Je me retourne : deux types en costume de flics monégasques, ray-ban sur le nez me pointent leur index sur le crâne : "Vous vous croyez où ?". L'autre attend même pas la réponse, de sa poche arrière de pantalon il sort une souche de pv de , un crayon qu'il humecte d'un coup de langue salace : "Nom, prénom, profession...". L'amour est au-dessus de moi...
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Voici à présent et en musique la même histoire, racontée par Jean François Maurice, maître de l'esquive narrative, virtuose de l'ellipse s'il en est .On admirera avec quelle aisance il élude les détails triviaux et les digressions sans intérêt pour ne garder que la quintessence romanesque de cet épisode monégasque :
Un minimum de mots pour un maximum d'émotions : JF Maurice, le Coca Zero du style
Force m'est d'admettre que...<br />
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Mais l'écrit ! quel chef-d'oeuvre ! quelle virtuosité de la plume ! quel... j'en perds mes mots tant c'est magnifique. Voltaire n'aurait pas fait mieux<br />
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Où pouvons-nous acheter cette perle ?!
Ecoutez, j'habite à Monaco, et je travaille à l'office du tourisme comme job d'été. (D'ailleurs, Aloysius et moi, on a déjà prévu de fonder le Parti communiste monégasque et de prendre le pouvoir, Monsieur Chabossot deviendrait le ministre de l'information.)<br />
Enfin, bref, tout ça pour dire que la version écrite est une déscription parfait de la plage du Larvotto. Monsieur Chabossot, c'est vous le grand barbu que j'ai vu en train de faire la baleine juste devant le filet à méduse lorsque pour ma part, je me contentais de nager dans cette soupe de miasme?
Il y a un petit côté imitation de Gainsbourg et Birkin, non? Mais je dirais qu'il manque un petit je-ne-sais-quoi...Heureusement que la chanson ne dure pas 12 minutes...