• Cette avanie généralisée m’a naturellement amené à me poser des questions sur mon positionnement : après tout, si le lecteur rechignait tant à acheter mes livres, c’est peut-être parce que leur genre ne parlait qu’à une infime partie de la population (j’ai beaucoup réfléchi pour en arriver là). Je précise pour ceux qui ne me connaissent pas encore (à peu près 60 millions de personnes) que mes écrits se rangent dans la catégorie “humoristique”.

    Oh ! Ce n’est pas par gaieté de cœur, croyez-le bien.

    Quand j’ai commencé à écrire, j’avais dans l’idée de devenir le Raymond Carver français, ou au moins le Raymond Carver de l’Est parisien. Ceux qui ont déjà lu Raymond Carver, et qui ont su résister à la tentation irrépressible de sauter par la fenêtre juste après, auront compris que mes ambitions me situaient loin, très loin du monde bigarré de la déconne. Mais il a bien fallu que je me rende à l’évidence : après quelques pages où je m'efforçais de planter le décor de mon histoire (héros alcoolique unijambiste au chômage, affublé d’une femme obèse sous Tranxène, croupissant au sein d’une banlieue délabrée aux trottoirs constellés de crottes de chien), je commençais à dévier de la ligne implacable du réalisme social qui était encore mienne un quart d’heure auparavant pour aller patauger dans le joyeux marigot de la rigolade sans queue ni tête.

    Après plusieurs essais classés sans suite, je me suis donc résolu à suivre mon penchant naturel. De toute façon, impossible de lutter contre. Pour tout vous dire, lorsque j’ai commencé cet article, j’avais dans l’idée de pondre une étude super sérieuse sur la condition de l’auteur auto-édité perdu dans le monde implacable de Jeff Bezos, et puis voilà où j’en suis rendu. Si c’est pas malheureux.

    J’ai donc commencé à étudier de très près le fameux Top 100 d’amazon concernant les ebooks, non pas pour vérifier mon classement (mon record personnel se situe plutôt en queue du Top 10 000) mais histoire de voir le genre de trucs qui trouvaient grâce auprès du lecteur amazonien de base. J’ai ainsi été à même, au fil de mes visites, d’établir quelques grandes tendances :

    - le lecteur amazonien n’aime pas trop rire (j’aurai d’ailleurs pu arrêter là mes observations et m’inscrire à un club de natation synchronisée pour noyer mon chagrin, mais consciencieux comme je suis, j’ai préféré poursuivre).

    - le lecteur aime soulager son stress, gérer ses émotions et  guérir son mal de dos grâce à des ebooks à 99 centimes d’euros, bref il veut être heureux, et à vil prix.

    - le lecteur amazonien aime les histoires de vampires sexy qui vivent de sulfureuses histoires d’amour avec des mortelles, sexy elles aussi.

    - le lecteur amazonien aime les histoires de secrétaire nunuche et de patron beau gosse en costard cravate avec toutes les trois pages une scène osée mais pas vulgaire sinon c’est dégoûtant. Bref c’est un coquinou, mais qui sait se tenir.

    - le lecteur amazonien aime les histoires de serial-killer qui sur 150 pages zigouillent une trentaine de femmes sans défense qui passent leur temps à déambuler dans des ruelles sombres et lugubres, avant d’être arrêtées par un inspecteur bravache aussi crédible qu’un personnage secondaire dans un épisode de “Louis la Brocante”.

    - le lecteur amazonien aime la grande littérature française actuellement incarnée par le quatuor Lévy/Musso/Pancol/Gavalda, et ça c’est chouette parce qu’on se dit que, même si parfois les notables confondent un conte de Voltaire avec une marque de prêt-à-porter, la France restera envers et contre tout la terre de prédilection du beau style, des phrases ciselées et des maelströms narratifs.

    Fort des enseignements de mon étude, que je me gardais bien de divulguer afin que personne ne profite du filon, je me lançais aussitôt dans une totale refonte de mon écriture, tant du point de vue stylistique que scénaristique, et encore tout un tas de choses en “stique” fort intéressantes : si le lecteur amazonien ne venait pas à moi, c’est moi qui irais au lecteur amazonien.

    Et là, on touche à un aspect capital de la création littéraire : pourquoi écrit-on ? Ou plutôt pour quoi ? Ou bien devrais-je dire : pour qui ? (mais en aucun cas “pourqui”, qui n’est pas français). “Pour être lu par des gens” est la première réponse qui vient à l’esprit, même chez quelqu’un de limité intellectuellement. Car oui, quiconque écrit veut être lu, sinon quel intérêt ? Même quand vous griffonnez une liste de courses sur un coin d’enveloppe usagée, vous portez en vous ce besoin impétueux d’être lu, ne serait-ce que pour vous retrouver avec la bonne marque de bière dans le frigo.

    En ce qui concerne la littérature de fiction, on ne peut hélas obliger personne à vous lire, alors que pourtant ça serait quand même la solution la plus simple pour résoudre tous vos problèmes de lectorat. À ce jour, Kim Jung-il, sympathique dictateur de Corée du Nord, est le seul à avoir eu le courage d’appliquer cette méthode, avec un taux d’efficacité défiant toute concurrence : il n’a écrit qu’un seul bouquin, mais c’est le seul disponible dans les bibliothèques du pays, en dizaine de milliers d'exemplaires.

    Ma problématique est tout autre : déjà mon pouvoir dictatorial est très restreint et se limite à la personne de mon hamster, que j’ai cruellement emprisonné à vie pour cause de pipi sur la moquette. En plus, je vis dans un pays régit par les lois du marché, je suis donc contraint de m’y plier en adaptant mon offre à la demande. Et la demande, en clair, c’est : du sexe, du sang, du bien-être et des solutions pour le mal de dos.

    La suite plus tard.

     

     

    Amazon, mon amour II
    Katherine Pancol et Kim Jung IL
    fêtent leur millionième exemplaire écoulé

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  • La solution aurait été d’écrire une histoire mettant en scène Natacha, une kinésithérapeute (mal de dos) arrondissant ses fins de mois dans un salon de massage louche (sexe) et se transformant  la nuit tombée en loup-garou sanguinaire, tout en menant en parallèle une brillante carrière de tueuse à gage pour la CIA (ou le FBI, au choix). Avec un tel emploi du temps, vous imaginez les quiproquos, j’avais de quoi remplir 12 volumes. Mais je ne disposais pas de documentation suffisante - surtout sur la kinésithérapie - et mes récits auraient probablement souffert d’un manque de crédibilité. Et ça, j’aime pas. Alors je me suis rabattu sur une enquête policière en béton, délicatement saupoudrée d’érotisme fin et de violence à peine contenue, menée de main de maître par l’inspecteur Guacamol, avec pour objectif avoué de renvoyer définitivement James Hellroy à ses histoires à l’eau de rose pour midinettes pré pubères. Dans le but d’attirer encore un plus de lecteurs, j’ai adroitement glissé le mot “vampire” dans le titre, pensant ainsi me rallier définitivement l’intégralité des inconditionnels de “Twilight” et autres fadaises à base de canines surdimensionnées.

    Hélas, le public n’a pas suivi…
    Attendez, je vérifie quand même sur mon compte KDP, on ne sait jamais…
    Bon, je confirme, il n’a pas suivi du tout, du tout. J’avoue qu’après cette cuisante déconfiture, les bras m’en sont tombés lourdement, ce qui a entraîné une incapacité d’écrire de plusieurs semaines.

     Pendant ce temps, “50 nuisances de Glauque” poursuivait sa carrière, côtoyant les bons mois la vingtaine de vente. Et puis un jour, ce qui devait arriver arriva : un commentaire ! Magique : une personne quelque part dans le monde a lu votre production et s’en est trouvée assez bouleversée pour s’astreindre à taper sur son clavier quelque exégèse bien sentie.

    Voilà la chose :

    Glauque, c’est bien le mot

    Croyant lire un pastiche du best-seller qui défraye la chronique et que je n'achèterai point, les bras m'en sont tombés, et...évidemment on se demande très vite si c'est du lard ou du cochon ! difficile à définir…

    Ah mince ! Une seule étoile en plus… C’est pas de veine, pour mon premier commentaire, de tomber sur Simone.

    Je me console en me disant que je partage au moins un point commun avec cette personne : elle a les bras qui lui tombent facilement. Mais ça s’arrête là. Car pour être tout à fait honnête, je n’ai pas tout compris à ce qu’elle raconte. Et puis cette unique étoile, brillant piteusement dans sa solitude infamante ! Mais qu’allait-on penser de moi ? Qu’allaient penser mes futurs lecteurs, à supposer qu’un seul ose encore s’aventurer  jusque-là ? Le feu de la moutarde m’ayant légitimement monté au nez, je décidai de répondre à cette Simone Garcia (sans doute un pseudo) que vraiment n’importe quoi et puis d’abord c’est pas un pastiche, c’est une parodie, hey va réviser ton dictionnaire !
    Oui, parce que sur amazon, on a le droit de répondre à un commentaire, c’est sympa.
    Sympa, mais complètement stérile, parce que forcément chacun reste sur ses positions et ça ne dépasse jamais le stade du dialogue entre sourds et muets qui n’auraient pas appris le langage des signes. La solution la plus efficace consiste à faire comme moi : j’ai contacté deux hommes de main siciliens (j’ai quand même un doute sur le second qui avouait s’appeler Kermadec) qui devaient rendre une petite visite de courtoisie à Simone Garcia histoire de lui expliquer la vie, voyez. C’est vraiment la meilleure façon de se débarrasser des grossiers qui polluent vos chefs d’œuvre de leurs commentaires  inconséquents. Sauf que là, les deux gars m’ont téléphoné le lendemain en me demandant s’ils devaient vraiment s’occuper des 343 Simone Garcia qui peuplaient la capitale avant de s’attaquer aux départements limitrophes. J’ai préféré laisser tomber.

    Bon, alors comment faire pour avoir des commentaires, et des bons, de préférence ?  Très simple : il suffit de demander aux camarades qui peuplent facebook. Et comme il se trouve, par la plus grande des coïncidences, que ces camarades taquinent eux aussi la prosodie française à leurs heures perdues, ils vont vous demander si par hasard ça vous dirait pas d’aller à votre tour déposer un petit com’ sur l’un de leur chef d’œuvre. Heureusement que tous vos amis écrivains sont bourrés de talents, car sinon on serait quand même bien embêté à raconter des trucs qu’on pense même pas juste pour rendre un service en retour.

    Le problème avec ces “com’ de complaisances”, c’est qu’on les repère à 100 km. C’est simple, ils pourraient s’appliquer à n’importe quel livre. Du com’ prêt-à-porter, en quelque sorte, avec des expressions tartignolles qui fleurent bon le remplissage de bonne volonté, genre “une fois qu’on a ouvert ce livre on ne peut plus le lâcher”, “l’histoire est passionnante “, “on ne s’ennuie pas un seul instant”, bref : “A lire sans modération”. Mais est-ce qu’un seul lecteur digne de ce nom a jamais pensé à se modérer dans ses lectures ? Style “Houlà, vieux : Déjà 50 pages d’enquillées, tu devrais tout de même penser à lever le pied”.

    Pas très “pro”, tout ça.

    Et puis de toute façon, les cerveaux d’amazon, à qui on ne la raconte pas, ont vite flairé la magouille : s’ils subodorent qu’un commentaire émane d’une personne qui connaît l’auteur, hop ! Ils suppriment ! (comment font-ils pour le savoir ? Il semblerait que Jeff Bezos ait assigné à chaque auteur auto-édités un employé d’amazon qui, pour 900 euros par moi plus les tickets restau, est chargé de suivre les moindres faits et gestes de ces escrocs en puissance. D’ailleurs, j’en ai retrouvé un l’autre jour sous mon lit).

     La suite plus tard.

     

    Amazon, mon amour III

    La solution définitive aux commentaires indélicats

     

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  • En prospectant sur amazon pour garnir le groupe FB « les perles de l’auto édition », j’ai pris conscience d’un certain nombre de faits que je porte à présent à votre sagacité.

    J’ai tout d’abord commencé à explorer dans la catégorie « Ebooks à petits prix » ceux qui s’affichent à moins de 2 euros. Il y en à 400 pages, à raison d’une cinquantaine d’occurrences par pages, soit en gros 20 000 ebooks. J’en suis actuellement à la moitié, et je peux d’ores et déjà tirer un certain nombre de constats.

    - C’est dans cette catégorie que l’on trouve les couvertures les plus bancales (je ne dis pas moche – car après il s’agit aussi d’une question de goût -  mais mal fichues, qui fleurent bon l’amateurisme).

    Il y a en effet beaucoup d’auto édition dans cette catégorie, mais pas que. On trouve aussi des maisons traditionnelles qui font de la promo (best sellers passés de mode, extraits de guides touristiques…). Et surtout, une part non négligeable de textes tombés dans le domaine public, et que n’importe qui peut commercialiser après les avoir récupérés sur le net où ils sont un peu partout en libre accès. Enfin, il y a énormément de doublons, des livres que l’on retrouve 6 ou 8 fois. Et là, on se demande si amazon le fait exprès, ou si leur algorithme a quelques ratés)

    Donc, une fois qu’on a fait un peu le tri, on s’aperçoit que finalement, la part de l’auto édition n’est pas si écrasante, dans une catégorie pourtant taillée pour elle.

    Autre chose : à partir de la 150e page, à peu près, les ebooks présentés n’ont plus aucune étoile, et sont tout bêtement classés par ordre alphabétique (j’ai choisi l’option « tri par popularité). Ce qui signifierait qu’une fois atteint cette limite, on aborde de plain-pied le cimetière des éléphants, les ebooks qui ne se sont vendus et qui ne se vendront probablement jamais.

    Autre élément de réflexion : contrairement à la plupart des sites marchands qui propose de passer de page en page et laissant la possibilité de sauter par exemple de la page 10 à 50, amazon ne permet qu’une navigation de page en page. Difficile dans ces conditions, d’atteindre le bout du bout, et d’enfin savoir qui est le bon dernier du classement ! Pas sûr d’ailleurs que la page 400 soit une fin en soi… ça peut continuer encore bien après. L’avenir nous le dira.

    J’ai également exploré la catégorie « ebooks à moins de 5 euros », qui ne compte « que » 270 pages. Autant dire qu’ici, les couvertures bancales n’ont pas le droit de cité : même ce n’est pas toujours très heureux (selon mes goûts…) la réalisation est de toute évidence soignée, voire pro. La question est : quel rapport peut-on établir entre la qualité de la couverture et le prix ? Qui détermine l’autre ?

    En tout cas, une chose est sûre : si vous voulez sortir un tant soit peu de la masse, mieux vaut éviter les prix trop bas, et les couvertures bâclées.

    D’une façon plus générale, j’en suis à me demander si amazon, avec sa politique d’opacité concernant les ventes et la taille de leur catalogue, n’est pas en train de nous mener en bateau.

    Ce qui m’amène à émettre deux hypothèses :

    - le catalogue des auto-édités français ne serait pas si étoffé que ça (je dirai à la louche autour de 20 000).

    - les ventes, pour la grande majorité sont négligeables, voire inexistantes (mais ça, on le subodore depuis longtemps !)

    Quel intérêt pour amazon de cacher cette réalité ? Tout simplement pour entretenir le miroir aux alouettes auprès des auto-édités en attente de succès, et qui continuent à espérer, et auprès des auteurs qui ne se sont pas encore lancés. Le bizness repose avant tout sur la quantité, pas sur la qualité.

    Un calcul simple : un million d’ebooks à 0,99 euro, vendus chacun à un seul exemplaire, c’est 300 000 euros pour amazon. D’où leur intérêt qu’il y ait de plus en plus d’ebooks, et de plus en plus d’auteur.

    Qu’il y ait, dans le tas, une majorité de laissés pour compte n’est pas vraiment leur problème.

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  • En 2030 ...

     

     

    • En 2030, les gens accepteront de lire un livre uniquement si l'auteur accepte de lire le leur.

     

    • En 2030, si tu n'as pas écrit un livre à 12 ans, tu auras raté ta vie.

     

    • En 2030, les intitulés des comptes Facebook commenceront tous par "auteur".

     

    • En 2030, les héritiers de Gallimard feront la manche dans le métro.

     

    • En 2030, on ne fabriquera plus que des armoires à trois pieds, pour que les stocks de livre papier trouvent leur utilité.

     

    • En 2030, le prix Goncourt sera attribué à une histoire de tricératops lubrique.

     

    • En 2030, tous les maquettistes auront été jetés en prison et remplacés par le générateur de couvertures d'amazon.

     

    • En 2030, on ne coupera plus d'arbres pour fabriquer des livres, mais on les brûlera pour alimenter les centrales électriques qui alimentent les liseuses.

     

    • En 2030, les romans compteront en moyenne 14 pages.

     

    • En 2030, l'Académie Balzac aura remplacé l'Académie Française.

     

    • En 2030, il y aura des ebooks qui expliquent comment écrire un ebook qui explique comment faire fortune en écrivant un ebook.

     

    • En 2030, tout le monde s'auto éditera, et s'en trouvera très auto satisfait.

     

    • En 2030, il n'y aura plus de carte de visite. On s'échangera nos ebooks autoédités.

     

    • En 2030, les simples lecteurs seront considérés comme des déficients mentaux.

     

    • En 2030, les conversations autour de la machine à café seront édités, et les droits d'auteurs partagés au prorata du temps de paroles.

     

    • En 2030, Dieu auto publiera la Bible, pour enfin toucher les droits d'auteur.

     

    • En 2030, les tweets de Nabila feront l'objet d'une auto édition en Pléiade.
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